Rêverie - Victor Hugo - Les Orientales

Publié le par uneoudeuxchosesavousdire

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Vladimir Belsky, vue de Venise au coucher du soleil

 

Rêverie

 

 

Oh ! laissez-moi ! c'est l'heure où l'horizon qui fume
Cache un front inégal sous un cercle de brume,
L'heure où l'astre géant rougit et disparaît.
Le grand bois jaunissant dore seul la colline.
On dirait qu'en ces jours où l'automne décline,
Le soleil et la pluie ont rouillé la forêt.

Oh ! qui fera surgir soudain, qui fera naître,
Là-bas, - tandis que seul je rêve à la fenêtre
Et que l'ombre s'amasse au fond du corridor, -
Quelque ville mauresque, éclatante, inouïe,
Qui, comme la fusée en gerbe épanouie,
Déchire ce brouillard avec ses flèches d'or !

Qu'elle vienne inspirer, ranimer, ô génies,
Mes chansons, comme un ciel d'automne rembrunies,
Et jeter dans mes yeux son magique reflet,
Et longtemps, s'éteignant en rumeurs étouffées,
Avec les mille tours de ses palais de fées,
Brumeuse, denteler l'horizon violet !

 

  Leon-Auguste-Adolphe Belly - Interior of a Harem

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   Les Orientales est un recueil de poèmes écrit par Victor Hugo et publié en 1829.

Composé de quarante et un poèmes dont trente-six datent de 1828, l’ouvrage, très fortement marqué par le philhellénisme ou engouement de l’époque pour la Grèce (Navarin, Enthousiasme, l’Enfant), offre une série de tableaux hauts en couleur de l’Orient méditerranéen.

Mais le pittoresque n’épuise pas la richesse du recueil où voisinent les accents guerriers, épiques, érotiques et même intimistes, comme dans le poème conclusif, qui, par son repli mélancolique, annonce les Feuilles d’automne. La préface revendique les privilèges de la liberté dans l’art et joue de la provocation en qualifiant l’ouvrage de « livre inutile de pure poésie ».

Hugo semble en effet user de tous ses moyens de virtuose comme dans les célèbres Djinns, poème conçu comme un crescendo et un decrescendo ; l’Orient est ainsi prétexte aux jeux de l’imaginaire, à l’inventivité verbale et à la diversité rythmique qui, plus encore que dans Odes et Ballades, manifeste la rupture avec les formes classiques.

Cette fantaisie débridée et affichée ne doit pas cacher la double célébration qui domine le recueil : celle de la liberté grecque et celle de Napoléon. Le jeune Hugo s’éloigne ainsi du royalisme conservateur qui nourrissait ses premiers poèmes. La liberté dans l’art est indissociable d’une liberté de l’art, La préface le proclamait : « en poésie, tout a droit de cité ».

 

 

 

Publié dans Lectures

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