Claudie Gallay - Les années cerises - L'office des vivants

Publié le par une ou deux choses à vous dire

Je viens de terminer la lecture de deux romans de Claudie Gallay : Les années cerises et l'Office des vivants. J'ai découvert cette auteure avec les Déferlantes puis, conquise par la sobriété et le rythme de son écriture, j'avais dévoré Dans l'or du temps et Seule Venise

Ces deux romans plongent le lecteur dans un monde paysan, dur et rustre. Les personnages se côtoient avec brutalité et les liens d'affection font exception.

 

annees-cerises.jpg Dans Les années cerises, on découvre l'Anéanti, c'est comme cela qu'on le surnomme à l'école. Pas seulement parce qu'il collectionne les zéros, mais parce que  sa maison, à l'écart du village, est menacée d'être engloutie par la falaise qui s'effrite peu à peu. Alors que tous  conseillent à ses parents de déménager le plus rapidement possible, ils s'accrochent à leur maison. Surtout la mère, qui ne se soucie guère de rassurer son fils et qui distribue les claques plus facilement que les câlins. C'est dehors que le jeune garçon trouve de l'affection et des raisons d'aimer la vie : en s'occupant des animaux de la ferme de pépé et mémé, en rêvant à la grande soeur de son ami Paulo, en faisant de la balançoire sur le cerisier planté au bord du gouffre... 

 

office-des-vivants.jpg L'Office des vivants est le premier roman écrit par Claudie Gallay. Le style est dépouillé, les phrases sont courtes, simples, directes, elles vont droit au but, sans bavardage inutile, pour décrire la misère d’une famille qui vit à la ferme dans un ancien village quasi déserté de ses âmes. Description de la crasse, de la honte, de cette vie matérielle difficile, qui bascule encore davantage dans le sordide quand le père met enceinte une jeune femme venue aider à l’étable et qui déposera le nouveau-né devant la porte avant de disparaître. Vision crue de la misère humaine, grande pauvreté, misère sociale et intellectuelle également, d’où surgit pourtant une faible lueur d’espoir dans l’amour fraternel entre Marc et Manue, le fils aîné et la fille naturelle, qu’il protège comme une petite sœur, cadeau magique venu d’ailleurs. De désespoirs en violences, jalousies et mesquineries, en passant par la haine et l’alcoolisme, même cet amour, de plus en plus trouble au fur et à mesure que les enfants grandissent, sera impossible. Cette histoire mériterait parfois plus de sobriété dans la description car certains passages sombrent dans le glauque, comme la description de l'oeil de Simone...

 

 

 

Isack van Ostade, Intérieur de paysan.

 

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